L'e-Sport, c'est quoi ?

Entretien avec Romain Serra, Manager d'équipes professionnelles d'e-Sports

Tony Estanguet, co-président de la candidature de Paris 2024, a déclaré récemment au sujet du sport électronique (ou "e-Sport") : 

« Il faut qu’on s’y intéresse, parce qu’on ne peut pas dire “ce n’est pas nous. Ça ne concerne pas les Jeux olympiques. Les jeunes, oui ils s’intéressent à l’e-sport et ce genre de chose. Regardons tout ça. Rencontrons-les. Voyons si nous pouvons établir des liens »

Mais au fait, c'est quoi l'e-Sport ? Le Comité Olympique des Ardennes s'est intéressé de près à cette discipline qui tend à se démocratiser au fil des années. Rencontre avec Romain Serra, manager d'équipes professionnelles. (Vous pouvez également visualiser cet interview au format PDF en cliquant ici)

romain serra esport manager

Bonjour Romain et merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions qui vont nous permettre d’en apprendre sur l’e-sport. Peux-tu tout d’abord te présenter et nous dire ce qu’est « l’e-sport » ?

Bonjour je m'appelle Romain Serra, j'ai 30 ans et je gère des équipes professionnelles d'eSports. En 2014, j'ai créé ma propre structure puis en 2015 j'ai rejoins le melty eSport club et enfin en 2017 je gérais le projet eSportif de l'Olympique Lyonnais. L'eSport, c'est un phénomène qui touche énormément les millénials qui ont souvent quitté la télévision et les médias plus traditionaux, c'est pour cela que les médias français cherchent de plus en plus à parler de ces compétitions. L'eSport peut être comparé à l'athlétisme car il regroupe plusieurs "disciplines" différentes : on a le 100 et 200m que l'on peut comparer aux jeux League of Legends ou Counter-Strike et bien d'autres. Désormais l’eSport réunit des foules de jeunes, remplit des stades et certains de ces joueurs sont devenus de véritables stars planétaires qui s’affrontent sur des écrans interposés.

Le statut des joueurs est assez flou et peu connu du grand public. Peut-on le considérer comme un métier à part entière et quel est le profil type dans ce milieu ? Peut-on considérer les joueurs comme des sportifs selon toi ?

Depuis peu, le statut de joueur e-sportif existe et permet d'encadrer bien plus facilement un joueur. Il est inspiré de ceux des sportifs de haut niveau. Ceux sont des CDD reconductibles qui peuvent aller d'1 à 5ans. Très peu de joueurs en France sont professionnels, il y a bien plus de français qui vivent de l'eSport en jouant pour des équipes internationales.

Les échecs sont un sport, le football est un sport, l'eSport en est un autre. Les capacités nécessaires sont différents d'un jeu à un autre, les mécaniques également. Mais je peux vous dire que sur un jeu comme Street Fighter, un match se joue sur une fraction de seconde et il faut ainsi être très fort mentalement mais aussi physiquement (réflexes, dextérité, etc).

arene e sport dota2

Avec la présence de managers et de compétitions au niveau national, européen et mondial, le milieu de l’e-sport se professionnalise et les revenus générés sont de plus en plus importants chaque année. Toi qui a pu approcher de près un des plus grands clubs français (l’Olympique Lyonnais), peux-tu nous en dire davantage ?

Chaque équipe a souvent son manager, son coach mais aussi des analystes pour travailler les statistiques de son équipes, des maps, des personnages, des 'matchs-up' et des adversaires. Il y a même certaines équipes qui ont des coachs de vie ou des nutritionnistes. C'est un métier. En France, nous avons 10 ans de retard : nous sommes à l'âge 0 de l'eSport nous sommes en train de tout découvrir. Oui, c'est un métier comme un autre, les professionnels ne sont pas "payés à jouer" : comme les joueurs de football, ils sont très nombreux et s'ils ont réussi à devenir aussi bons, c'est grâce à beaucoup de travail et un brin de la réussite.

On parle de l’éventuelle mise en place d’épreuves e-sport pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 et ceux de Paris 2024. Quels pourraient être, selon toi, les titres présents sur ces épreuves et pourquoi ? Egalement, quelle est ta position vis-à-vis de l’e-sport, de ses joueurs, et de l’olympisme ?

J'aimerais que les gens découvrent du League of Legends, du Counter-Strike : Global Offensive, du DOTA 2 ou du Overwatch mais je ne pense pas que ceux soient des priorités pour les éditeurs. Je pense qu'on a bien plus de chance de voir du FIFA, du 2K (jeu de basketball) ou du Rocket League qui sont des jeux qui s'apparentent à des sports traditionnels. Je ne sais pas du tout si l'eSport doit être ou non aux Jeux Olympiques. C'est un événement mondial et regardé dans le monde entier, il est donc certain que cela permettrait à de nombreuses personnes de découvrir cette nouvelle forme de sport.

Comment vois-tu l’évolution de l’e-sport dans les années à venir et quels sont tes souhaits ?

L'entreprise chinoise Tencent a annoncé vouloir injecter encore près de 15 milliards de dollars dans l'eSport, avec entre autres un parc à thème en Chine. Tout est donc possible. Je pense que le plus important actuellement pour un éditeur, c'est de faire perdurer son jeu et d'installer une scène professionnelle stable. Je pense que les franchises à l'américaine permettent une stabilité pour les investisseurs qui n'est pas négligeable.

As-tu quelque chose qui te semble pertinent à ajouter pour les personnes qui vont te lire, principalement issues du milieu sportif et olympique ?

Il ne faut pas se dire que la mécanique entre sport et eSport est identique. Ce sont vraiment deux mondes différents. Il y a des codes qu'il faut arriver à comprendre si on souhaite vraiment découvrir cet univers qui est nouveau pour vous. Mais, par exemple, pour moi qui suis dedans depuis l'âge de 14 ans, j'ai eu l'habitude d'être rejeté de ce côté. En France, mes parents ont été éduqués en pensant que les jeux vidéo c'était le mal, que ça rendait violent, que je n'arriverai jamais à faire d'études. Pourtant, je suis passionné de sport depuis tout petit et j'ai fais du football jusqu'en 2ème division -18. On retrouve beaucoup de sensations formidables dans l'eSport et je vous conseille vraiment de vous intéresser à ce domaine qui touchera de plus en plus de jeunes dans les années à venir.

Merci à vous.